Jeu d’échecs

Définition de pousseur de bois

Le jeu d’échecs est un art, un combat à mort entre deux esprits, deux cœurs, le heurt des connaissances et des habiletés.
Jérôme Forest

jeu echec . com Jouer aux échecs en ligne

Sommaire de la page

Introduction
Présentation poétique du jeu d’échecs par Méry
Conception du jeu d’échecs par Joël Lautier
Jeu d’échecs : slam/rap par Jérôme Forest
Ballade des Échecs par Lucie Delarue-Mardrus


Le jeu d’échecs a toujours fasciné intellectuels et artistes : il est le modèle parfait d’une création métaphysiquement futile mais plus excitante que bien des œuvres bâties sur du roc

ans Les Confessions, Jean-Jacques Rousseau raconte comment après avoir été initié aux échecs par un Genevois, M. Bagneret, il s’acheta un échiquier, s’enferma dans sa chambre, passa des jours et des nuits à apprendre par cœur toutes les parties et à jouer seul, sans relâche et sans fin. Après trois mois d’efforts inimaginables, il se rend au café Procope, « maigre, jaune et hébété ». Son esprit se brouille ; il ne voit plus qu’un nuage devant lui, et le bon M. Bagneret lui inflige défaites sur défaites : le voici mortifié dans le fondement même de son intelligence.

Cette « scène primitive » de l’apprenti sorcier qui a approché de trop près ce jeu ensorcelant, chacun l’a vécue ou la vivra. Selon son tempérament, il prendra la fuite ou s’aguerrira. S’il persévère, alors déplacer trente-deux pièces sur huit fois huit cases deviendra une fin en soi, un monde, note George Steiner, « en regard duquel le monde de la vie biologique, politique ou sociale paraît confus, banal et contingent ».

Extrait de « L’échiquier invisible »
Article paru dans Le Monde le, 01.01.99
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Présentation et Règle du jeu d’échecs, par le poète, Joseph Méry

Le champ clos a croisé soixante-quatre cases ;
Aux deux extrémités, les Tours posent leurs bases,
Ces formidables Tours, ces tours qu’un doigt savant
Comme aux sièges romains fait rouler en avant :
Sur des chevaux sans mors des Cavaliers fidèles,
Lestes et menaçants, se placent auprès d’elles ;
À franchir deux carrés ils bornent leurs élans,
Et tombent, de côté, sur les noirs ou les blancs.
Ces pièces vont ainsi ; l’amitié les a jointes
Aux Fous, sages guerriers qui partout font des pointes.
Puis la Dame se place et garde sa couleur ;
Nul combattant du jeu ne l’égale en valeur :
Elle vole d’un bond de l’une à l’autre zone ;
C’est Camille au pied leste, invincible amazone ;
Elle veille, et défend les pièces d’alentour,
Par la force du Fou, réunie à la Tour.
Près d’elle le Roi siège ; hélas ! il garde un trône
Que mine le complot, que l’astuce environne ;
Ce monarque, toujours menacé du trépas,
Pour tromper l’ennemi ne peut faire qu’un pas ;
Toutefois, quand sa force est enfin abattue,
Par respect pour son nom, personne ne le tue ;
Il est échec et mat ; son dernier jour a lui,
Et tous ses serviteurs sont morts auprès de lui.
Huit modestes Pions, soldats de même taille,
Gardent l’état-major sur un front de bataille ;
Un pas leur est permis ; un ou deux, jamais trois ;
Troupe vile immolée aux caprices des rois :
Ils ne prennent qu’en pointe ; et pourtant il arrive
Qu’un d’eux, soldat heureux, aborde l’autre rive ;
Alors il se grandit ; ce soldat parvenu
Des dépouilles d’un chef habille son corps nu :
Il se métamorphose en Tour ; il devient Reine ;
Il choisit dans les morts, étendus sur l’arène ,
Un chef de sa couleur, par sa force cité,
L’heureux pion le touche, il l’a ressuscité.

Extrait du Palamède : revue mensuelle des échecs et autres jeux, Volume 1
par M.M. de La Bourdonnais et Méry – 1836

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Que représente le jeu d’échecs pour celui qui le pratique assidûment ?

Cette question, fréquemment posée aux joueurs d’échecs, engendre des réponses très variées suivant le niveau du joueur. II m’a parfois semblé que plus le joueur sollicité était fort, plus sa dévotion à l’étude du jeu était grande, et plus il lui était difficile de répondre à cette simple question.

Pour ma part, je répondrai au questionneur curieux, mais pressé, qu’il s’agit, pour le joueur de compétition que je suis, d’un jeu dans le fond mais d’un sport dans la forme. S’il a plus de temps, je lui parlerai de la rigueur de la préparation avant la partie, de l’intense concentration nécessaire au calcul précis des variantes, de la profonde joie esthétique d’une combinaison qui se dévoile, de l’absolue maitrise de soi au moment critique ou la partie bascule, et de la patience requise pour faire tomber une à une les dernières défenses adverses. S’il devient mon confident, je lui parlerai aussi de l’angoisse de la lutte, de ces terribles défaites qui sont sur l’instant comme autant de petites morts.

Je lui dirai enfin, et c’est à mes yeux le plus important, qu’outre son infinie complexité le jeu d’échecs fascine par son immanente logique ou, mieux encore, par cet équilibre presque divin, celui que le grand joueur met en lumière grâce à son intuition et à son imagination, et que l’ordinateur parvient à atteindre quelquefois, par des calculs d’une précision prodigieuse.

Caricature of Vladimir NabokovCe serait plus ou moins le récit de tout joueur de compétition, mais nul doute que celui d’un Marcel Duchamp, d’un Albert Einstein ou d’un Vladimir Nabokov, qui furent tous d’ardents passionnés du noble jeu, serait très différent et certainement plus envoutant, particulièrement pour le dernier d’entre eux.

[…]

Je terminerai en citant le grand professeur d’échecs Xavier Tartacover qui énonça ce qui est peut-être la plus belle définition du joueur :

Celui qui prend des risques peut perdre, celui qui n’en prend pas perd toujours.

 

Bonne lecture.
Préface de Joël Lautier, extraite du Larousse du Jeu d’échecs
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Jeu d’échecs : rap


Deux pousseurs de Bois sont attablés
Leur Tête à tête est taciturne
Sempiternel et sans pitié
Flegmatiques attablés, mais accablés
Art entêtant, mais harangue étouffée

Leur échiquier est un champ clos, une prison, une île
Leur style est docile ou hostile
La discorde est fomentée, pleins d’animosité, leurs doigts s’animent
Dard digital, capture lente ou dare-dare, Roi qui oscille
64 cases pour un tartare
Surprotection, prophylaxie, Roi sans maison, galaxie de combinaisons

Du sang sur l’échiquier

Démence, fous en fianchetto, la tête dans un étau
Attaque, arnaque, monarque mal escorté qu’on arque
Tic, tac, coup prophylactique ou tactique
Pendules et pièces qui s’entrechoquent,
Chantant des Requiem
Caissa est crucifiée, tu l’aimes ? Pratique le système

Echéquistes nourris de théorie,
Les belligérants inhalent
De l’ouverture à la finale
L’héritage romantique, classique, hypermoderne
Et sur les damiers dansent, les champions du passé, tels Tal
A la magie délicate et létale, au style d’or
Et le pousseur de bois enfin, chuinte bouffi d’orgueil et tout fort, « Echec et mat », et le Roi s’endort

 

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Ballade des Échecs par Lucie Delarue-Mardrus

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