Stratégie : Le plan aux échecs

Le plan est un ensemble de coups, selon un schéma, pour atteindre un but précis.

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Avant Wilhelm Steinitz (1836-1900), la notion de plan restait floue. on estimait que la nature d’un plan dépendait uniquement du talent de son auteur, qui devait s’exprimer en priorité par la création d’une brillante combinaison. Les romantiques ont poussé au paroxysme cette façon de jouer avant de subir quelques revers face aux joueurs plus scientifiques.

Wilhelm Steinitz buste noir et blanc trois quart. Petites lunettes ovales, crâne dégarni et barbe hirsute

Steinitz affirma que la raison d’être d’un plan provenait de la nature même de la position. La conception d’un plan n’est pas fondée sur la force du joueur, mais sur des critères stratégiques qui permettent l’évaluation de la position. Le joueur doit analyser la vraie nature de la position.

Ainsi la combinaison n’est qu’un élément dans l’élaboration du plan, elle est justifiée par la concrétisation d’un avantage ou éventuellement par une contrainte de défense.

C’est un accueil plus que réservé qu’a reçu la conception moderne de Steintitz A son époque, les maîtres mettaient un point d’honneur à trouver une combinaison gagnante sans chercher à définir  exactement les raisons de son apparition.
Steinitz, en revanche, envisageait une partie d’échecs sous un angle plus matérialiste, ce qui le rendit impopulaire auprès des autres maîtres. Pour Steinitz, le passage à l’attaque ne se fait qu’après une accumulation de petits avantages. C’est avant tout cette recherche forcenée d’avantages qui fonde sa pensée échiquéenne.

Avantages dynamiques Vs avantages statiques

Ces avantages peuvent se diviser en deux grandes catégories : dynamiques ou statiques.

  • Voici quelques avantages que l’on qualifie de « dynamiques » : avance de développement, plus grande mobilité, occupation du centre, position exposée du roi adverse, bonne structure de pions, poste avancé, colonnes ouvertes…
  • Et quelques avantages que l’on nomme « statiques » : pions doublés, mauvais Fou, pièce enfermée, avantage matériel…

>> L’objectif premier est d’accumuler des avantages dynamiques pour les transformer en avantages statiques durables.

Malgré son titre de champion du monde, Steinitz ne parviendra pas à imposer ses idées. son apport fondamental ne sera reconnu que des décennies plus tard. Tarrasch et Rubinstein continueront son oeuvre avec brio.

Un couple qui s'aime joue aux échecs à la maison. L'homme fixe sa chérie et la regarde dans le blanc des yeux, la tête apputée sur la main. La femme est pensive, elle réfléchit à un plan.

A quoi ressemble l’élaboration et la réalisation d’un plan ? Un plan peut se mettre en place de façon imperceptible dès le premier coup et se préciser à mesure qu’avance le jeu. La partie est faite d’une succession de plans s’emboîtant les uns dans les autres.
On ne peut pas après l’élaboration du plan en prévoir toutes les conséquences. Il est nécessaire de garder à l’esprit l’idée majeure et de prendre conscience des possibilités de ripostes de l’adversaire qui, par exemple, placé dans une position d’infériorité, cherchera à concéder un minimum de terrain.

Si le plan est correct et la réalisation appropriée, alors, quels que soient les obstacles mis sur son chemin, le plan ne sera pas détourné de l’objectif majeur (défendre ou attaquer) , au pire, un autre plan équivalent dans sa force prendra la suite. Les objectifs sont alors différents mais aussi importants.

Pour emporter la décision, l’efficacité d’un plan ne dépend pas de son caractère grandiose, mais de son irréversibilité, dans la mesure où l’avantage obtenu décide à terme du résultat de la partie.

On ne peut pas cependant oublier l’aspect esthétique; car un bon plan est souvent harmonieux.

Une main bleue ouverte, paume vers le haut en supination sort d'un échiquier. Elle porte un Roi, autour des planetes. Derrière, des montagnes et le ciel.